Billet d’humeur du 15 juin 2015. Nicolas Renard, un ‘Mémorial’ pictural!

Avec ses dessins criblés de neige, aux traits nuancés et faits de franchise, subtils et forts à la fois, avec ses évocations hantées peuplées de chevaux et d’hommes, avec ses couleurs âpres ou tendres, avec ses gris pommelés comme du crin ou des crinières et ses ciels rêveurs ou menaçants, avec ses masses d’hommes ou ses silhouettes esseulées, Nicolas Renard offre à voir, à l’Espace Diamant d’Ajaccio, l’image vibrante, virile et émue de toute l’étendue rêveuse et steppique de l’époque napoléonienne. Les dessinateurs et les peintres fascinés par l’Empire sont nombreux. Lejeune, Charlet, Jacques Onfroy de Bréville, dit Job, ou encore Edouard Detaille illustrent avec rigueur et vitalité une mémoire, une époque : tout un patrimoine pictural, un passé qui ne meurt pas ! Ces artistes-là, géants complets de la palette ou du dessin, monarques non déchus méritent bien de n’être jamais oubliés.

On savait avec Stendhal, depuis le départ glorieux et passionné de sa ‘Chartreuse de Parme’, qu’avec éclat Bonaparte était le successeur d’Alexandre et de César. Depuis quelques jours et jusqu’au 2 juillet, Ajaccio peut et doit se rendre compte que Lejeune et Charlet, que Detaille et Job, ont un successeur, bien vivant, singulier, épatant ! Ce successeur, c’est Nicolas Renard, qui a suivi depuis des années Napoléon à la trace, qui a arpenté tous les champs de batailles de la Révolution, du Consulat et de l’Empire. Le croirait-on ? Nicolas Renard a des coups de pattes aux griffes rudes et tendres à la fois ! Hommes et bêtes ne sont pas là des silhouettes aux splendeurs grises ou rouges : ils incarnent des flammèches de l’imagination ; ils sont jetés sur le papier tels qu’ils sont, pour ce qu’ils sont : des fragments d’âmes bien visibles, éclatés, mais évidents, absolus et d’une ardeur unique. Ils étonnent, touchent et bouleversent par leur franchise, leur clarté, leur netteté d’expression.

Nicolas Renard confie à la ville impériale une formidable exposition-vente. Ajaccio et toute la Corse aussi découvriront en lui, souhaitons-le, un artiste aux rugosités superbes, aux élans et aux éclairs fascinants. Ce peintre-là tient du cavalier et du musicien – avec, c’est vrai, quarante-cinq ans de chevauchée précise et aussi une carrière de pianiste racé, improvisateur complice et parfait de Michel Petrucciani.  Et ce qu’il place sur ses toiles, ce ne sont pas des insectes morts, superbes mais éteints, comme fixés ou cloutés sur du papier, cernés d’un cadre et muets sous une plaque de verre. Il ne s’agit pas dessins ordinaires, mais de volcans d’émotions, d’îles et d’élans ; d’un rêve d’enfance devenu grand, d’un hommage fabuleux aux combattants de l’Empire ; la passion de Nicolas Renard vient de loin, avec le tempo de sa palette, la palpitation et le mouvement sanguin et fragile, fugace et tenace à la fois de son dessin. L’ensemble joue une musique complète. Tout ce que sa pensée retient, conjugue et reflète par son œil attentif et rapide, ce que sa main précise et pressée retrouve, c’est un monde entier, lequel s’adresse pudiquement aux regards : et tout va au cœur ! Qu’il s’agisse d’un cheval agacé par les moustiques et mouches d’un marais ; qu’il s’agisse d’une attente avant la bataille, du visage d’un soldat frappé comme une gravure et fragile comme une mosaïque grise ou trempée de sable, tout séduit et devient vrai, évident, après le passage de la main de Nicolas Renard sur la toile.

Ce n’est pas une image figée qu’il nous lance au visage, c’est un mouvement, un écho et une force, la gifle d’un silence brisé : c’est l’éclair qui troue le ciel et qui le colore en le cisaillant. Echo moderne et exact, sévère et juste, lamento coloré et plainte chorale de l’épopée impériale : vous trouverez tout cela, et bien d’autres fougues et foucades, bien d’autres éléments d’enthousiasmes, poétiques et visuels.  Avant le 2 juillet, filez à l’Espace Diamant d’Ajaccio face aux œuvres de Nicolas Renard : elles auront l’effet de la foudre, du coup de sabre et du triomphe de l’esprit ! Saluons en Nicolas Renard, descendant direct de Jean-Baptiste Barrès, ce beau combattant et mémorialiste juste de l’Empire, un chroniqueur novateur, visuel et bien vivant. Ajaccio accueille quelques éclosions de son œuvre picturale, jusqu’ici trop secrète. C’est pour trop peu de jours comptés. Il ne faut pas manquer l’éclair d’intelligence souple et de beauté sensible avec lequel Nicolas Renard fouette les regards et les imaginations. Sa peinture est une réécriture, un éclairage précieux et inégalable du mythe napoléonien. Nicolas Renard, sans hésiter, nous offre des songes, des chagrins et des gloires absolus. Il raconte l’épopée comme nul autre aujourd’hui : il nous inscrit dans un puissant ‘Mémorial’ pictural, unique, riche d’une tradition vive. Son résultat est pourtant unique et simple : sans équivalent! RL

(Raphaël Laloux journaliste à la radio RCF-Corsica)